Breaking Bad

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Scénario
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Réalisation
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Mise en scène
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Personnages
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Son
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Lumière
Note Lumière

Les thématiques autour du questionnement des valeurs morales dans la société contemporaine semblent connaître un véritable engouement chez les auteurs de fiction américains. Et c’est peu dire que les scénaristes de séries télévisés y prennent part: un chirurgien esthétique attire sa clientèle par des moyens illégaux (« Nip-Tuck »), un expert scientifique de la police s’avère être un tueur en série traquant les criminels qui échappent à la justice (« Dexter »), une mère au foyer vend du cannabis pour surmonter des difficultés financières (« Weeds »). De trafic de drogue, il en est également question dans « Breaking Bad », mais l’étude du sujet et de ses enjeux est poussée plus loin encore.

La morale dans un contexte de survie

Le héros de « Breaking Bad » (que l’on pourrait traduire par « mal tourner »), Walter White, chimiste brillant, enseigne dans un lycée à Albuquerque, poste qu’il cumule avec un travail complémentaire pour subvenir aux besoins de son épouse enceinte et de son fils handicapé moteur. Son destin bascule lorsqu’on lui diagnostique un cancer des poumons incurable: s’il venait à décéder, sa famille ne disposerait plus des ressources nécessaires pour vivre. Il entreprend alors de fabriquer et de vendre de la méthamphétamine pour assurer un avenir financier serein à sa famille. Confronté à un dilemme moral comparable à celui d’Antigone dans la célèbre tragédie de Sophocle, White viole la loi pour accomplir ce qu’il estime légitime: accomplir son devoir de « chef de famille » et réunir, le temps qu’il lui reste à vivre, assez d’argent pour mettre les siens à l’abri du besoin. Pourtant, cette « reconversion » dans le monde du crime organisé ne sera sans conséquences ni pour lui, ni pour son entourage. Cet homme ordinaire, brillant scientifique n’ayant jamais su s’imposer dans le monde professionnel (un couple d’amis a fait fortune en exploitant ses propres découvertes, sans qu’il en tire le moindre profit), ni même auprès de sa propre épouse (ce qu’il trahit dans un discours où il annonce, dans un premier temps, refuser la chimiothérapie), va, au fil des épisodes, devenir un criminel méthodique et sûr de lui ; ses activités secrètes l’éloignent de sa famille et le poussent à mentir éhontément à son épouse au point de mettre en danger sa vie de couple. Le pseudonyme qu’il s’est choisi dans le cadre de ses activités criminelles symbolise à lui seul son ambivalence: physicien allemand, pionnier de la mécanique quantique, Heisenberg est aussi célèbre pour avoir chapeauté un programme de développement d’armes secrètes pour les Nazis.

Au fil des différents épisodes qui exploitent avec bonheur les ressorts dramatiques brûlants appuyant ce sujet, White et son demi-sel de complice (formidablement interprété par le jeune Aaron Paul) sont plongés dans des situations tantôt rocambolesques, tantôt dramatiques, mettant en relief leur ambivalence. Car si les scénaristes n’éludent pas le caractère douteux des agissements de White, les individus avec lesquels il traite sont bien pires, des brutes psychopathes, capables d’abattre un membre de leur propre gang pour une peccadille. Et le jeune complice de White, à contre-courant des clichés récurrents à de tels personnages, gagne une réelle épaisseur psychologique : petit dealer sans envergure et vraiment pas malin, Jesse Pinkman n’est pas pour autant dépourvu de qualités humaines. Ses relations avec son jeune frère Jake notamment, qu’il s’efforce de mettre en garde contre les tentations auxquelles il a lui-même succombé, nous le rendent même touchant. Les autres personnages secondaires sont à l’avenant: l’épouse de White, Skyler, et son fils Walter Jr, désemparés par l’attitude de White, font face comme ils le peuvent à la désagrégation de la cellule familiale. Le beau-frère, ironiquement flic aux Stups, est aussi délicat qu’un hippopotame, mais beaucoup plus sensible que ne le laissent apparaître ses faux airs de beauf vulgaire. Au milieu de tout ce monde, White et Pinkman sont comme deux âmes perdues redéfinissant la morale dans un contexte de survie, au sein d’une société qui ne se soucie plus guère de justice sociale, ni de l’intérêt collectif.

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